WILLIAM ACIN

 

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Ange oliver 2013

Installation in situ. Prieuré de Saint Loubes. Enjoliveur et papier crépon.

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texte écrit par Claire Pariès dans le cadre des ateliers du prieuré

 Des plis en godrons de crépon blanc, habillent de fraises liées à un passé révolu, des figures circulaires. Détaché de la roue, l’enjoliveur qui ne peut plus s’emballer à grande vitesse tourne alors en tête à collerette. Privé de sa fonction, vêtu des blanches circonvolutions de ce papier dévolu aux kermesses de cour d’écoles, des chars fleuris ou fêtes populaires, bricolé en « objet de pacotille » le voici convoqué ailleurs, y compris dans la tradition iconographique de l’Art.  A plusieurs, groupés en nuées, ils sont alors Ange Oliver. En duo les voici ornement (à moins qu’il ne s’agisse de couronnes mortuaires) fixés sur les poteaux d’une station service désaffectée. Mais il peut être masque porté par son auteur qui se parant d’une nouvelle physionomie le temps d’une photographie, permet à William Acin, artiste plasticien, de poser en Enjoliveur :

« (..) Ce nom convient en général à tous ceux qui ajustent, parent, ornent ou enrichissent quelque ouvrage (…) » (Philippe Macquer, Dictionnaire raisonné universel des arts et métiers, P. F. Didot jeune, 1773, t. 2, p. 124)

Il y a là comme un jeu avec la fonction de l’artiste voué à l’invention de beaux objets, ramené ici à un récupérateur des choses égarées sur les bords des routes dans l’indifférence générale. Quant à l’ornement, il est ici produit en un travail qu’une « petite main » n’aurait pas désavoué. Paupérisation volontaire des moyens qui vient à la fois contrer une société vouée à une course à la consommation obligatoire, faire un pied de nez au luxe déployé par certains artistes de ce siècle , et retourner comme un gant le XX° siècle naissant pour qui « L’ornement est un crime ».*

Travail qui se joue de la pièce industrielle, l’emporte en inutilité, pour lui affecter un sens sautillant, susceptible de dériver, selon les modes d’exposition.

Les techniques de travail de William Acin sont souvent liées à ce qu’on appelle aujourd’hui, les « loisirs créatifs », avec une prédilection pour la pyrogravure. La brûlure qui noircit les bois ou les papiers, inscrit motifs, maximes ou slogans revisités. A moins qu’il n’emploie la perceuse du bricoleur. Agressivité des outils qui opèrent par destruction mais avec assez de délicatesse pour former jusqu’à l’écriture. Ambigüité du choix des gestes pour un « beau » renvoyé à sa précarité.

Et ça tourne en roue d’« indi-li-gence » échouée au bord du chemin, vire en rondin de bois aux cernes marqués en lignes de vies associées à des mains tatouées. Ça peut grincer des dents ou faire un clin d’œil en euro, constitué d’iris bleus, de ceux qui protègent du mauvais œil en Turquie. Ça plastronne parfois en drapeau européen cravaté, en semblants d’armoiries ou faux blasons, artefacts des pouvoirs dénoncés.

Quelques propos, de ceux qui sont partagés communément, rengaines publicitaires parfois, sont réécrits pour un détournement du sens qui vient affecter les objets. A moins qu’ils ne se constituent en tableaux. La palette du peintre quant à elle s’est couverte en lieu et place des quelques traces de couleurs, des outils des logiciels d’images informatiques, comme un renvoi en anachronisme qui peut être pris pour une nostalgie.

Les rencontres avec un lieu, avec une actualité, avec un objet, avec un slogan publicitaire, avec une marque, une petite phrase ordinaire provoquent pour William Acin le faire œuvre. Elles sont autant d’opportunités pour des confrontations où ce qui tombe sous le sens ordinairement, est voué à la dérive, au dérèglement. Et ça s’enchaine, passe du coq à l’âne, incongruité volontaire, d’un plasticien qui s’autorise de « faire la bête » pour mieux chercher l’ « Ange » peut-être grimaçant, artiste de ce siècle incertain.

 Claire Pariès.

+ Justine Adenis's vidéo-interview.

 

J’applique le détournement du sens commun afin de provoquer chez le spectateur un regard critique et distancé sur sa vie quotidienne et sa conception du monde. J’utilise l’humour, l’ironie pour provoquer, instiller du désordre dans « notre » rapport aux objets et dans l’usage quotidien des signes, en explorant notamment la question de l’inquiétante étrangeté de l’ordinaire, afin de faire émerger chez le spectateur une réalité sensible.